Stéroïdes
La DHEA est un "stéroïde".
Comme son nom l'indique, elle est un des composés dérivés
des "stérols", famille chimique dont chaque membre présente
un noyau composé d'atomes de carbone enchaînés
selon le dessin suivant :
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Cycle carboné caractéristique
des stérols et stéroïdes
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(chaque point représente
un atome de carbone ; les atomes d'hydrogène ne sont pas
indiqués, ni la stéréoisomérie.
Le carbure de base s'appelle cyclopentanophenanthrene (Fieser,
1959) avec un cycle pentagonal D (cyclopentane) et 3 cycles
hexagonaux (comme le cyclohexane) A, B et C.
Le stérol le plus connu
est le cholestérol, synthétisé dans tous
les organismes animaux, et largement utilisé dans la composition
des membranes qui entourent les cellules et en délimitent
différents compartiments. Il est aussi transformé
en partie en composés importants aux fonctions très
diverses, et tout particulièrement en hormones "stéroïdes".
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Classes des stéroïdes hormonaux
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| Le cholestérol est transformé
dans les cellules des glandes endocrines en stéroïdes
intermédiaires, qui à leur tour sont transformés
en hormones stéroïdes actives, sexuelles (testiculaires
et ovariennes) et surrénaliennes (corticostéroïdes).
Les intermédiaires, la DHEA et la prégnènolone
(PREG) ont leurs propres activités biologiques au niveau
de "cellules-cibles". |
Pour l'essentiel, les cellules "stéroïdogènes"
(qui fabriquent des stéroïdes) importent du cholestérol
à partir du sang où celui-ci est présent
en quantité importante. Le mécanisme impliqué
par cette importation, et les transferts et les réactions
chimiques intracellulaires qui aboutissent à la synthèse
de DHEA et de son sulfate sont responsables de la chaîne
de transformations suivante :
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Synthèse de
la DHEA et du DHEAS à partir du cholestérol
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Ces cellules appartiennent principalement
à des glandes endocrines : corticosurrénales
(partie extérieure ou "cortex" des glandes surrénales),
testicules, ovaires, et, très accessoirement sur le plan
quantitatif, au système nerveux (voir DHEA, un "neurostéroïde").
Les stéroïdes hormonaux
(hormone veut dire composé actif, sécrété
par des cellules le plus souvent rassemblées en formant
des "glandes") sont sécrétés dans la circulation
sanguine. Ils sont présents dans le sang à de
très faibles concentrations (ordre de grandeur ~ 10-8
M, c'est-à-dire ~ 5 ng/ml ou 5 milliardièmes
de gramme par centimètre cube et souvent plus de dix fois
moins !). Il en est ainsi de la DHEA (mais le DHEAS est
une exception, voir plus loin). Ils vont atteindre et agir sur
des "cellules cibles" qui en reçoivent l'information grâce
à un système "récepteur" approprié
"spécifique" pour chaque hormone, et en conséquence
qui réagissent selon une "réponse hormonale".
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Récepteur (R), hormone (H) et "cellule-cible"
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| La réponse hormonale survient
quand l'hormone se lie au récepteur dans la cellule-cible |
L'identification chimique des stéroïdes
hormonaux de différentes classes comme ceux d'origines
cortico-surrénalienne (cortisol, aldostérone, DHEA),
testiculaire (testostérone) et ovarienne (oestradiol, progestérone)
remontent à la deuxième moitié des années
20 et aux années 30, le plus souvent alors en les isolant
à partir des urines humaines ou animales que l'on peut
collecter en abondance et qui contiennent une partie des hormones
et leurs dérivés métaboliques excrétés
et donc éliminés en fin de parcours biologique.
Il en est ainsi pour la DHEA et son sulfate (Butenandt,
1934, Fieser,
1959).
Le sigle DHEA (DéHydroEpiAndrostérone)
indique que c'est un dérivé de l'androstane (noyau
stéroïde à 19 atomes de carbone).
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Androstane, la carbure
de base de la DHEA
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avec une double liaison entre les
carbones 5 et 6 (comme le cholestérol), d'où le
vocable "déhydro" (enlever de l'hydrogène), un groupement
hydroxyl en C3, en configuration "b
", c'est-à-dire au-dessus du plan général
de la molécule (comme le cholestérol également)
; "épi" veut dire b , et
certains chimistes disent plutôt "iso" (dehydroisandrostérone
: Lieberman),
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Dehydroépiandrostérone
(DEHA, prastérone)
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et une fonction
cétone en 17, justifiant l'appellation dérivée
de l'androstérone (un stéroïde cétonique
en 17 à action androgène).
Comme beaucoup d'autres substances
chimiques, la DHEA est aussi dotée d'un nom distinctif
, "prastérone", sans signification chimique ou biologique
évidente.
DHEAS = sulfate de déhydroepiandrostérone.
C'est la forme sécrétée principalement par
les glandes corticosurrénales précisément
par les cellules de la zone "réticulaire", la plus interne
du cortex surrénalien, très développée
chez le ftus et qui régresse en partie à la
naissance.
La structure
du DHEAS implique une estérification de l'hydroxyle au
niveau du carbone C3, par l'acide sulfurique, catalysée
par une enzyme "sulfotransférase" ou "sulfokinase" (Lebeau
et al, 1964). La sécrétion d'un "sulfate"
par une glande endocrine est exceptionnelle, car généralement
la sulfo-conjugaison est un mécanisme de détoxification
donc d'élimination de produits actifs, opérant en
particulier dans le foie et le tube digestif. C'est pourquoi,
malgré la très grande vraisemblance de son origine
surrénalienne, la sécrétion de DHEA a longtemps
été méconnue : on cherchait la DHEA dans
les surrénales mais elle échappait à la détection
car, contrairement aux autres stéroïdes, elle ne se
trouvait pas dans la fraction lipidique des extraits (par des
solvants organiques) : il fallait étudier la phase aqueuse,
le sulfate (ionisé) étant hydrosoluble. D'où
le décalage entre la connaissance chimique de la DHEA et
la démonstration de sa sécrétion surrénalienne
sous forme de sulfate. Une autre particularité a retardé
l'étude de la DHEA : la sécrétion importante
de DHEAS (environ 25 mg/j chez les adultes jeunes) est particulière
à l'espèce humaine : il n'y a que des quantités
négligeables de DHEA et DHEAS chez la plupart des animaux
chez qui ils ont été mesurés, seuls les grands
singes tels que gorilles et chimpanzés ayant des taux sanguins
notables, ~ 10 à 50 % de ceux des humains.
La demi-vie du DHEAS est beaucoup
plus longue (~ 20 heures) que celle de la DHEA (non-conjuguée)
elle-même (moins de 30 min.) (Baulieu
et al, 1965) que l'on apprécie en injectant par
voie intraveineuse une très petite quantité (un
"traceur") de composé radioactif.
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DHEA(S) : demi-vies
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| Mesures dans le sang après
administration de traceurs radioactifs (en quantités
infimes) de DHEA et de DHEAS (ce dernier a une demi-vie beaucoup
plus longue). |
La raison en est
la forte liaison du sulfate à l'albumine et à la
protection du stéroïde lui-même contre les enzymes
du métabolisme stéroïde procure la copule sulfate.
Il faut noter cependant qu'il existe une très large distribution
dans tout l'organisme d'une enzyme (sulfatase) qui hydrolyse le
DHEAS pour produire de la DHEA, et qu'il y a une importante formation
de DHEAS à partir de la DHEA par la sulfotransférase
dans le foie et l'intestin. On dit donc qu'il y a interconversion
DHEADHEAS, et on comprend que l'administration
orale de DHEA entraîne la présence largement prépondérante
de DHEAS dans le sang circulant. L'interconversion est aussi responsable
du fait que la demi-vie de la DHEA après administration
orale de DHEA est beaucoup plus longue que celle d'un traceur
radioactif de DHEA, car la quasi-totalité du stéroïde
(non conjugué) circulant provient alors de DHEAS secondairement
hydrolysé : le schéma métabolique qui suit
l'indique (d'après Legrain
et al, 2000) :
Les taux de DHEA(S)
Au cours de la vie ftale,
les glandes surrénales produisent une très grande
quantité de DHEAS. Une partie de celle-ci est transformée
en oestrogènes au niveau du placenta (Baulieu
et al, 1965)ces derniers circulant ensuite non seulement
chez le ftus mais chez la mère ainsi qu'on peut le
déterminer par des mesures dans le sang ou l'urine. On
ne sait pas encore si le DHEAS joue un autre rôle, en particulier
pour le développement du ftus (une hypothèse
possible serait qu'il stimule la production d'IGF-1 comme
rapporté chez l'adulte ce facteur de croissance
étant abondant à cette période de la vie).
La région du cortex surrénalien,
très développée pendant la vie ftale,
régresse à la naissance et pendant la première
enfance, jusqu'à 7 ans environ, le taux de DHEAS est pratiquement
nul dans le plasma ou sérum sanguin. Il s'élève
ensuite, marquant la "puberté surrénalienne" et
continue à augmenter y compris pendant l'adolescence, atteignant
un maximum au début de la troisième décennie.
Les valeurs normales sont alors comprises entre 2 et 6 m
g/ml (~ 5-15 m M) chez l'homme
jeune et 20 % de moins chez la femme du même âge.
Ensuite survient, comme observé en mesurant "transversalement"
les valeurs chez des personnes d'âges différents
(Orentreich
et al, 1984), une décroissance moyenne assez régulière
de l'ordre de 60-70 m g/ml/an
ou environ 2 %/an, jusqu'à 70-80 ans (Orentreich
et al, 1992 Thomas
et al, 1994). L'évolution de la courbe de décroissance
après cet âge est mal connue, la baisse continuant
tout en semblant moins accentuée (Figure in Orentreich
et al, 1984) :
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DHEAS dans le sérum : baisse avec
l'âge
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Trois remarques
importantes sont à noter. La première concerne le
niveau des taux sanguins normaux d'un individu à l'autre,
au même âge : il y a de grandes différences,
le "normal" incluant des valeurs du simple au triple. La deuxième
est qu'il semble y avoir une détermination génétique
du taux de chacun, qui ne varie pas significativement d'un jour
à l'autre (en dehors de circonstances pathologiques), ce
qui veut dire que la pente descendante est à peu près
la même chez tous avec un niveau différent d'un bout
à l'autre (donc à peu près parallèle
à celles indiquées sur les courbes de la Figure)
: on ne sait pourtant pas la raison et les conséquences
des différences. Troisièmement, il y a des sujets
(environ 20 %) chez qui, sur une durée de dix ans environ
on ne constate pas de baisse, et même une élévation
(Orentreich
et al, 1992 - Mazat
et al, 2001), également de signification inconnue.
DHEA et DHEAS dans le cerveau
Chez le rat et la souris, animaux
de laboratoire très étudiés, on ne trouve
pratiquement pas de DHEA ni DHEAS dans le sang, les surrénales
n'en produisant que très peu. La découverte de DHEA
et de DHEAS dans le cerveau a conduit au concept et à la
démonstration de "neurostéroides" (Baulieu,
1997 - Baulieu
et al, 1999), c'est-à-dire de stéroïdes
synthétisés et actifs dans le système nerveux.
Notez que cette production est distincte de celle du reste de
l'organisme, et ne se traduit pas au niveau des concentrations
sanguines. Elle n'est pas directement mesurable chez l'homme,
naturellement, et on ne sait pas encore si elle diminue avec l'âge.
Ses effets s'ajoutent à ceux que la DHEA et le DHEAS d'origine
périphérique, essentiellement surrénalienne,
peuvent avoir dans le cerveau. Il faut remarquer aussi que les
stéroïdes non conjugués telle que la
DHEA accèdent facilement au cerveau en passant la
barrière hémato-encéphalique, au contraire
du DHEAS ; ce dernier cependant peut, dans le cerveau, être
d'origine périphérique à la suite de passage
de la DHEA sanguine et de sa recombinaison à l'acide sulfurique
par une sulfotransférase dans le système nerveux.
Expérimentalement (Baulieu
et al, 1999), on a pu attribuer à DHEAS une activité
inhibitrice de l'activité du neurotransmetteur GABA (agent
"calmant" du système nerveux), un effet stimulant d'un
récepteur de l'acide glutamique ("récepteur NMDA)
et du récepteur s 1
(Monnet
et al, 1995), et donc des activités modulatrices
de l'influx nerveux, tandis qu'une activité neurotrophique,
de protection ou réparation, a été décrite
pour la DHEA (Kimonides
et al, 1998) à la suite de manuvres délétères
sur des cellules nerveuses.
Glandes sexuelles et DHEA
Hormones sexuelles et DHEA
Les glandes sexuelles testicules
et ovaires produisent et sécrètent des hormones
sexuelles, les plus classiques étant la testostérone
(hormone mâle) et l'stradiol ou folliculine (hormone
femelle). Pour ce faire, une série de transformations chimiques
se produit, en particulier la transformation du cholestérol
en DHEA qui, à son tour peut devenir testostérone,
cette dernière susceptible d'être "aromatisée"
en oestradiol, selon le schéma :

Il y a formation de DHEA dans
les glandes sexuelles comme "intermédiaire" de la synthèse
des hormones sexuelles, mais elle n'en sort pas, elle n'est pas
sécrétée. D'ailleurs, chez les animaux, il
y a également synthèse d'un peu de DHEA dans les
surrénales, sans sécrétion, seul l'homme
et les singes supérieurs (tels gorilles et chimpanzés)
ayant une sécrétion surrénalienne importante
de DHEA(S). Une autre exception naturelle, de signification inconnue
: la sécrétion de DHEAS par les testicules de sanglier
(Baulieu
et al, 1967).
Ni la DHEA elle-même,
ni son sulfate n'ont d'activité androgène (masculisant)
ou féminant (oestrogène) par eux-mêmes. Mais
dans de nombreux tissus, y compris ceux qui répondent aux
androgènes comme la testostérone (par exemple la
prostate), la DHEA est transformée en testostérone
qui peut, à son tour, agir comme androgène (d'où
le nom d'androgène faible sous lequel la DHEA a été
initialement connue. La testostérone pouvant à son
tour être transformée en oestradiol par un système
enzymatique "aromatase", très distribué dans
l'organisme (dans le foie, les tissus adipeux, le cerveau) la
DHEA peut aussi avoir indirectement une activité
d'hormone féminisante.
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