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Investigateurs coordonnateurs : Professeur E-E.
BAULIEU et Professeur F. FORETTE.
Co-investigateurs -. Professeur S. LEGRAIN -
Dr V. FAUCOUNAU
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Prérequis et hypothèse
La déhydroépiandrostérone
(DHEA) et son sulfate (S-DHEA)(*) sont des stéroïdes
sécrétés chez l'homme par les corticosurrénales.
La DHEA, forme libre de l'hormone, est produite en faible quantité,
de l'ordre de 2 à 4 mg par jour. Elle a une demi-vie estimée
de 15 à 30 mn, semblable à celle d'autres hormones
stéroïdes, et une clearance métabolique d'environ
2000 litres par jour (1). Le S-DHEA est sécrété
à hauteur de 20 à 25 mg chez l'adulte jeune, sa
demi-vie est de 7 à 10 heures et sa clearance de 5 à
20 litres par jour (1). Ces deux substances sont interconvertibles
sur le plan métabolique, grâce à deux enzymes,
une sulfatase et une sulfotransférase largement distribuées
dans l'organisme.
Le taux sérique du S-DHEA présente
la particularité physiologique de décroître
de façon régulière, à partir d'un
maximum observé selon les sujets entre 20 et 35 ans, pour
atteindre une concentration sérique inférieure à
20 % au cours de la huitième et la neuvième décennies
(2). Cependant, au sein d'une même tranche d'âge et
chez des sujets en apparente bonne santé, il existe une
grande variation interindividuelle des taux plasmatiques de S-DHEA
(3). La concentration sanguine de S-DHEA serait une caractéristique
individuelle, expliquée en partie par des facteurs génétiques
(4,5). Chez la femme, les taux de S-DHEA sont habituellement inférieurs
à ceux de l'homme, de l'ordre de 10 à 20% (1).
Cette décroissance des taux sériques
de S-DHEA avec l'avancée en âge a fait suspecter
l'implication de ce stéroïde dans le vieillissement
physiologique et dans la survenue de pathologies dont l'incidence
est fortement liée à l'âge. Une recherche
importante a été consacrée à cette
hormone depuis trente ans. Le modèle animal a été
très utilisé, mais il est inadapté : seuls
les primates supérieurs, qui ne se prêtent pas à
l'expérimentation, ont des taux circulants significatifs.
Les rongeurs ont une production de DHEA et de S-DHEA très
faible et leur taux sérique de S-DHEA est si bas qu'il
est impossible de détecter une éventuelle diminution
significative en relation avec l'âge. Si la DHEA a un rôle
physiologique, celui-ci ne pourra être observé que
chez l'Homme.
De nombreux travaux expérimentaux et épidémiologiques
ont été consacrés à la DHEA. Les principaux
axes de recherche ont concerné le système cardiovasculaire,
le système nerveux central et le système immunitaire.
Chez le rongeur et à des doses pharmacologiques, des effets
antiathérogénique, immunomodulateur et promnésiant
ont été observés (1,5,6). Une étude
publiée en 1986 a montré chez des hommes âgés
de 50 à 79 ans une corrélation significative et
inverse entre les concentrations sériques de S-DHEA mesurées
initialement et la mortalité cardiovasculaire recueillie
12 ans plus tard. Mais une revue de la littérature concernant
les relations entre la DHEA et la mortalité et la morbidité
cardiovasculaires ne permet pas de conclure à un rôle
cardioprotecteur et/ou antiathérogénique de la DHEA
(1,5). Si celui-ci existe, les résultats des études
épidémiologiques suggèrent qu'il ne concerne
que les sujets masculins. Cette spécificité liée
au sexe s'expliquerait par le fait que le poids des facteurs génétiques
sur le taux sérique de S-DHEA semble plus important chez
la femme que chez l'homme (5).
La DHEA et son sulfate sont maintenant considérés
comme des neurostéroïdes (6). La DHEA est retrouvée
chez l'Homme dans toutes les régions du cerveau à
des doses 6,5 fois supérieures à celles du plasma
(6). La présence intracérébrale de la DHEA
est indépendante d'une production périphérique
ce qui suggère une production intracérébrale
(6). Le S-DHEA passe mal la barrière hémato-encéphalique.
La DHEA et le S-DHEA sont des antagonistes des récepteurs
GABAA comme le sulfate de prégnènolone,
mais avec des sites d'action distincts.
Le S-DHEA potentialise l'effet du glutamate en
modulant les récepteurs NMDA
et les récepteurs sigma (6). Ces effets neuromodulateurs
pourraient intervenir dans la plasticité neuronale et dans
les processus mnésiques. Le système cholinergique
est en effet en interaction avec les systèmes glutamatergiques
(NMDA) et gabaergiques (GABA).
De nombreux travaux réalisés chez
l'animal mais aussi à partir de lymphocytes humains plaident
en faveur d'une action immuno-modulatrice de la DHEA. (7,8). La
DHEA est notamment un puissant catalyseur de la production d'IL-2
par des lymphocytes T activés.
A l'échelon cellulaire, plusieurs modes
d'action de la DHEA ont été évoqués
: une fraction se transforme au niveau tissulaire en hormones
sexuelles actives et donc une administration excessive de DHEA
pourrait entraîner un excès (1). La DHEA exerce un
effet anti-glucocorticostércoïde (9). La DHEA et surtout
son sulfate interviennent dans la modulation de plusieurs récepteurs
membranaires des neurotransmetteurs. Malgré certaines publications,
il n'y a pas d'indication sérieuse sur l'existence d'un
récepteur intracellulaire spécifique de la DHEA.
Les données de la littérature et
les limites inhérentes au modèle animal ont conduit
à réaliser des essais thérapeutiques chez
l'Homme pour mesurer l'efficacité de la prise quotidienne
de 50 mg de DHEA, dose venant compenser la perte liée à
l'âge (10,11). Les résultats de ces essais sont prometteurs.
En effet, certains vont dans le même sens que les données
pharmacologiques observées chez l'animal. Deux essais ont
ainsi montré une augmentation du nombre et de l'activité
des cellules Natural Killer (10, 11). D'autres résultats
concernent l'amélioration de la sensation de "bien-être"
chez les sujets traités et ils peuvent être corrélés
aux données épidémiologiques recueillies
au niveau d'une population générale (12).
L'absence actuelle de consensus scientifique sur
l'efficacité et l'innocuité d'une supplémentation
en DHEA chez le sujet âgé montre la nécessité
de réaliser rapidement des essais randomisés à
grande échelle. Cette urgence est soulignée par
de nombreux auteurs qui insistent sur l'importance de ne pas se
limiter à mesurer un seul effet en raison des nombreux
systèmes au niveau desquels une action de la DHEA est suspectée
(1,5,8).
L'hypothèse de recherche est ainsi la suivante
: L'apport de DHEA sur un an à des sujets âgés,
à une dose qui permet de restaurer des taux de S-DHEA de
l'ordre de ceux observés chez l'adulte jeune et qui est
bien tolérée, prévient certaines altérations
observées au cours du vieillissement.
Population et stratégie d'étude
Il s'agit d'une étude multicentrique avec
bénéfice individuel direct incluant cinq centres
gériatriques de l'Assistance-Publique et deux centres gériatriques
privés. Elle est réalisée en groupe parallèle,
randomisée en double aveugle contre placebo. Elle inclut
280 sujets ambulatoires, âgés de 60 à 79 ans:
70 hommes et 70 femmes de moins de 70 ans et 70 hommes et 70 femmes
de 70 ans et plus. Les sujets sont indemnes de toute pathologie
sévère. Ils consultent dans les services de gériatrie
pour différents symptômes mis sur le compte de l'âge
: anxiété, plainte mnésique, douleurs, asthénie.
Les sujets sont aptes à comprendre le but et le déroulement
de l'étude. La DHEA ou un placebo est administré
par voie orale pendant 365 jours. La dose de DHEA (50 mg) a été
déterminée après avoir pris connaissance
des résultats de l'étude au Centre d'Investigations
Cliniques de l'Hôpital Broussais.
Les sept centres gériatriques investigateurs
assurent l'inclusion et le suivi des sujets au cours de l'étude.
La randomisation, la répartition et la distribution de
la DHEA et du placebo sont assurées par la Pharmacie Centrale
des Hôpitaux, les deux produits étant délivrés
par le laboratoire Créapharm. Les procédures pour
évaluer l'impact du traitement sont réalisées
au niveau des centres de gériatrie ou appel à la
collaboration de plusieurs équipes de recherche le plus
souvent situées au sein de l'AP-HP.
Procédures et résultats attendus
Les procédures utilisées pour évaluer
l'efficacité éventuelle d'un traitement par la DHEA
sont les suivantes :
- l'évaluation des fonctions cognitives
et psycho-affectives à MO, M6, M12 est effectuée
au moyen de tests psychométriques assurés par des
psychologues (Professeur Boller, J de Rotrou), de 4 auto-questionnaires
de bien-être et de qualité de vie dont le General
Well Being (Professeur Guelfi) et d'un questionnaire sur la libido.
(Madame Rakoto-Arison)
- le retentissement immunologique, qui ne concerne
que les 140 sujets de plus de 69 ans, est évalué
à MO, M6, M12, par un bilan approfondi d'immunologie humorale
et cellulaire : Immunoglobulines, facteurs anti-nucléaires,
phénotypes lymphocytaires et activité cytotoxique,
capacité proliférative des cellules lymphocytaires
T, production de cytokines par les cellules mononuclées
du sang périphérique, dosage sérique de 4
cytokines (Professeur Bach, Professeur Galanaud).
- l'impact sur l'axe somatotrope est mesuré
par le dosage de l'IGF-1 à
MO, M12 (Professeur Le Bouc).
- l'exploration vasculaire, qui ne concerne que
les hommes âgés de 70 ans et plus, est effectuée
à MO et M12 à l'hôpital Broussais par une
échographie carotidienne et fémorale, une angiométrie
radiale (Docteur Girerd), le dosage de l'homocystéine (Professeur
Kamoun). Une génothèque est constituée à
MO pour les 280 sujets (Docteur Jeunemaître).
- l'impact de la DHEA sur l'os est évalué
par la mesure de la densité osseuse par absorptiométrie
biphotonique effectuée à MO et M12 dans le centre
Lafayette (Docteur Raison) et par la mesure des marqueurs du métabolisme
osseux (ostéocalcine, phosphatases alcalines osseuses,
désoxypiridinolines urinaires) à MO, M6, MI 2 (Docteur
Souberbielle, Docteur Kindermans).
- la mesure de la composition corporelle par absorptiométrie
biphotonique est effectuée à MO et M12 dans le centre
Lafayette (Docteur Raison).
- la mesure de la force musculaire au niveau du
membre supérieur est réalisée par le grip
test, dans les centres gériatriques, à MO, M6, MI
2 ; la mesure de la force musculaire au niveau du membre inférieur
est effectuée à MO et MI 2 et ne concerne que les
femmes âgées de 60 à 69 ans (Professeur Fardeau).
- les examens cutanés sont réalisés
à MO, M6, M12 (Docteur de Lacharrière).
- l'évaluation de l'innocuité est
assurée par la réalisation de dosages endocriniens
(S-DHEA, testostérone, A4-androstènedione, androstanediol
glucuronide, estradiol) (Professeur Debuire, Docteur Roger).
Les bénéfices attendus de la prise
quotidienne de DHEA 50 mg sur un an sont les suivants :
- de meilleures performances intellectuelles et
une amélioration de l'état de bien-être,
- une stimulation du système immunitaire
avec son impact sur le plan infectieux, vaccinal et peut-être
carcinologique,
- une augmentation de la force musculaire et une
préservation de la masse osseuse,
- un moindre vieillissement vasculaire,
- un moindre vieillissement cutané.
Calendrier
La période d'inclusion des 280 sujets est
de 3 mois. La durée de l'étude est de deux ans entre
l'inclusion du premier sujet et la fin du suivi du dernier. Compte
tenu du caractère multicentrique de l'étude et du
nombre important de données à traiter, l'analyse
statistique demandera au moins six mois, le rapport final de l'étude
également.
Promoteur
Le promoteur est l'Assistance Publique-Hôpitaux
de Paris.
Références
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Proc Natl Acad Sci USA 1996 ; 93 : 13410-13415.
(*): Ce texte est le dossier préparatoire
à l'étude DHEAge - notez que S-DHEA est utilisé
avec le même sens que DHEAS.
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