La DHEA a été isolée initialement des urines humaines au début des années 30 par Adolf Butenandt (1934). En 1954, Migeon et Plager l'ont caractérisée dans le sang chez l'homme après traitement du plasma à pH acide, ce qui a posteriori (voir livre de Fieser (1959) et Dorfman (1955) a été expliqué quand Baulieu (1960) a démontré par une méthode de chromatographie directe des stéroïdes liés à des acides "conjugués" qu'il s'agissait de DHEA estérifiée par l'acide sulfurique : "DHEA Sulfate" (DHEAS).

Découverte de la sécrétion chez l'homme :

L'origine surrénalienne de la DHEA était soupçonnée du fait 1) de la caractérisation de grandes quantités de DHEA dans les urines en cas de tumeurs (souvent malignes) des glandes surrénales, 2) de son augmentation chez les hommes et les femmes après administration d'ACTH (hormone hypophysaire qui stimule la formation et la sécrétion de stéroïdes hormonaux par le cortex surrénalien), 3) de sa diminution lorsque l'ACTH endogène est déprimé par administration de corticostéroïdes, 4) de sa quasi-absence chez des patients souffrant d'insuffisance surrénalienne, et aussi parce qu'on ne démontrait pas de modification significative de la DHEA dans les cas de maladies des glandes sexuelles testicules ou ovaires. Des études histologiques (Symington 1956) précises, y compris histo-enzymologiques, ont indiqué que la DHEA était produite par la zone réticulée, partie interne du cortex surrénalien (qui lui-même entoure, comme une écorce, la médullo-surrénale qui synthétise l'adrénaline). Pourtant on ne parvenait pas à extraire de la DHEA avec les solvants organiques dissolvant les stéroïdes.

Il fallut attendre 1959 et l'étude d'un cas de tumeur surrénalienne humaine pour apporter la preuve que la DHEA était bien synthétisée par les surrénales, mais sous forme de sulfate de DHEA, le DHEAS (Baulieu, 1960). Ce dernier ne pouvant être extrait par les solvants des stéroïdes libres, hydrophobes et généralement neutres, c'est une méthode originale chromatographique directe des stéroïdes conjugués, sans hydrolyse, qui dut être utilisée. La production de DHEAS fut aussi démontrée dans les surrénales humaines normales (Baulieu et al, 1965). A l'époque, l'étonnement venait de ce que la sulfo-conjugaison, décrite par les biochimistes américains Nose Y. et Lipman F. (1964), était connue comme un processus de détoxification en permettant d'inactiver et de rendre hydrosolubles de nombreux composés organiques, en particulier hormonaux et médicamenteux pour en faciliter l'excrétion urinaire. La découverte de son implication dans un processus de synthèse et de sécrétion au niveau d'une glande endocrine produisant des composés actifs était donc surprenante.

Métabolisme de DHEA(S) chez l'homme :

Chez l'homme, le métabolisme de la DHEA et du DHEAS fut particulièrement étudié au cours des années soixante, après administration des composés par voie orale ou par injection surtout intraveineuse, le plus souvent en utilisant des composés marqués par des isotopes radioactifs (tritium et 35S surtout). La transformation de DHEA en DHEAS d'une part, et le métabolisme de la DHEA en androgènes et oestrogènes (en particulier testostérone, 5a -dihydrotestostérone, 5a et 5b -androstérone, androstanediols, oestradiol et oestrone) furent confirmés. Il fut important de démontrer que le métabolisme du DHEAS entraîne la formation des mêmes dérivés que celui de la DHEA elle-même (Vande Wiele et al, 1963) impliquant une activité sulfatasique hydrolysant le DHEAS dans l'organisme (principalement au niveau du foie et de l'intestin). Ainsi furent démontrées à la même période la production de DHEAS au niveau surrénalien (Baulieu et al, 1965) et l'interconversion dans l'organisme de la DHEA et du DHEAS (Vande Wiele et al, 1963). Cependant, les méthodes utilisées ne permirent pas d'identifier dans le sang de la DHEA et du DHEAS chez les animaux de laboratoire habituellement utilisés, ce qui aurait facilité les études sur la signification physiologique de leur diminution chez l'homme au cours du vieillissement : l'importance sur le fonctionnement de l'organisme de ce déficit au cours de l'âge ne peut donc être significativement évalué que directement par administration à l'humain.

DHEA chez l'animal :

Dans les années 70, de nombreux travaux ont été menés chez l'animal de laboratoire (rat et souris surtout) étudiant les effets d'administration de la DHEA généralement mélangée à de la nourriture. Ils ont montré que la DHEA à haute dose pouvait prolonger l'existence des animaux, prévenir certains cancers, des maladies à virus, l'athéromatose, traiter certaines obésités d'origine génétique etc. (Détails des études sur l'animal dans les livres de Kalimi et Regelson (1990), Thijssen et Nieuwenhuyse (1999) et Ann NY Acad Sci (1995) ).

Ces résultats sont à mettre en perspective critique. La réalité des observations n'est pas mise en doute, mais leur interprétation et leur extrapolation aux problèmes humains sont difficiles.

En effet, les animaux de laboratoire utilisés, méme jeunes, ont un taux négligeable de DHEA dans le sang, et l'administration de DHEA ne pouvait avoir pour but de suppléer à un déficit hormonal endogène associé au vieillissement. De surcroît, les quantités de DHEA utilisées dans ces expériences correspondraient, chez les humains, à des doses massives, tout à fait excessives et qu'il est inconcevable d'administrer. En effet, les fortes concentrations de métabolites actifs tels que androgènes et oestrogènes qui se produiraient, sont indésirables, voire dangereuses pour la santé (voir Conseils généraux).

Aujourd'hui :

Les résultats précédants obtenus chez l'animal ne sont donc pas directement transférables à l'homme, alors qu'ils ont attiré l'attention des médias grand public aux Etats-Unis, qui leur ont fait une publicité irresponsable.

C'est beaucoup à cause de cela, et, hélas, avec la collaboration de médecins/scientifiques probablement plus intéressés par une certaine forme de gloriole et/ou quelques profits matériels, que fut obtenu au profit de plusieurs sociétés commerciales américaines un Dietetary Supplement Health and Education Act en 1994. Cette exception permet la mise en vente de DHEA "complément nutritionnel", sans le contrôle de l'Agence du Médicament Américaine, la Food & Drug Administration (FDA). Aucun contrôle de type pharmaceutique n'est donc exercé sur les conditions de production, la qualité chimique du stéroïde, les quantités proposées et effectivement présentes dans les préparations mises en vente, les associations à d'autres produits, et la médicalisation de sa mise à disposition du public.

La DHEA a été vendue en libre service aux USA jusqu'en 1985. Elle a été ensuite retirée du marché américain à la demande de la FDAà la suite de son usage comme anorexigène dans le cadre de régimes amaigrissants, arguant d'une toxicité à long terme inconnue même si la tolérance à court terme semblait bonne.

Demain :

L'histoire de la DHEA devrait comporter (entre autres) les chapitres suivants :

1. Mise en vente de la DHEA : en Europe, elle doit être contrôlée par les autorités sanitaires. L'authenticité, la qualité et la quantité du produit mis en vente seront ainsi assurées, et les médecins seront impliquées dans sa consommation. La distribution obligatoirement sur ordonnance nous semble logique. Aujourd'hui, pour que les conditions scientifiquement et donc éthiquement acceptables soient réunies, il convient de suivre la procédure normale de mise sur le marché d'un médicament et donc de soumettre le produit et son administration au jugement et au contrôle de l' AFSSAPS (Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé) et à la surveillance des médecins.

2. Mise à disposition de préparations à utilisations sélectives, afin d'assurer certaines activités au niveau de cibles reconnues de la DHEA, tels que le système nerveux, la peau, l'os, etc., peut-être à l'aide de dérivés chimiques (à inventer) à action spécifique ou de préparations galéniques adaptées (par exemple topiques pour des indications cutanées).

3. Définition des avantages éventuels de la DHEA à différents âges, y compris chez les personnes relativement jeunes, ce qui naturellement nécessitera plusieurs décennies pour que soit démontré l'intérêt préventif éventuel sur les processus du vieillissement, et chez les très âgées.

4. Recherches sur l'intérêt thérapeutique de l'administration de DHEA ou de son sulfate dans des cas pathologiques particuliers, faisant ainsi passer la molécule de la catégorie de produit à tropisme général et possibilités préventives, à celle de médicament "ordinaire", obligeant son enregistrement immédiat selon les règles de type FDA. Des études sur le lupus érythémateux (aux Etats-Unis) et la myotonie de Steinert (en France) sont actuellement en cours.