
Texte du 12 juillet 2000 (E.E. BAULIEU) soumis
au Ministère de la Recherche
VIEILLISSEMENT HUMAIN
RECHERCHES ET SANTE
"UN PROJET D'INSTITUT DE LA LONGEVITE"
INTRODUCTION
La démographie implacable :
la moitié des femmes nées en 2000 atteindront
100 ans. Les retraites
les maladies
la Sécurité
Sociale
la famille à 4-5 générations.
Une révolution silencieuse et bien réelle, en
cours.
Il y a place pour une recherche aussi vaste
que celle proposée pour le cancer aux USA, il y a 30
ans, mais on est ici certain daboutir à des résultats
tangibles en matière de découvertes fondamentales,
de santé-prévention, et de guérison de
nombreuses maladies associées à lâge.
Cest le but de trois thèmes :
I) "Génétique et post-génome",
II) " Recherches biologiques, cliniques, pharmacologiques
et thérapeutiques", III) "Internet", pour
une meilleure information-éducation des acteurs de santé
et du public et la gestion de la santé des personnes
âgées (y compris pour la prise en charge personnelle
de chacun).
Biomédecine et Informatique :
deux mots clefs dun programme fédérateur,
un "Institut de la Longévité ",
sans mur institutionnel mais un réseau
Paris et province, prévu au départ pour 3-4 années.
Nous avons, en France, les hommes et les moyens sur les plans
conceptuels, scientifiques, techniques. Rien nempêche
de prendre la tête dun mouvement qui réussirait
là où lOMS na fait que bavarder (peu,
finalement) en 1999, avec association et coopération
possibles en Europe, en Amérique et au Japon, selon des
modalités plus ou moins complémentaires à
tous égards (financement, sciences, techniques), faisant
appel à la recherche publique et à la recherche
"privée", et à lactivité
des Services de Santé dEtat comme aux formations
biomédicales et industrielles privées.
I) GENETIQUE ET POST-GENOME
Pour la génomique fonctionnelle et la biologie
intégrative, le vieillissement est un archétype.
Les mécanismes moléculaires du vieillissement
et les conséquences de ce processus sur la pathologie
humaine demeurent mystérieux. La profusion de nouvelles
informations et technologies issues de lanalyse des génomes
justifie limplémentation dune nouvelle recherche
de type post-génomique. Le but essentiel, a priori, est
de repérer les produits des gènes dont il faudrait
moduler lactivité pour influencer les processus
en faveur dune meilleure qualité de vie pour
les sujets âgés. A plus long terme, il sagit
de poser les bases dune prévention des inconvénients
objectifs liés au vieillissement.
La vocation principale du programme est tout dabord
la création, lalimentation continue et la distribution
dune base de données chez lHomme,
ce qui nécessite 5 activités :
1) Identification des sujets chez lHomme :
toutes les tranches dâge de 20 à 100 ans,
" hypernormaux " et " au hasard "
(le Pr. J. Dausset a offert son exceptionnel échantillonnage
de centenaires : prélèvements et dossiers
cliniques. Un " programme danatomie moléculaire
du vieillissement " à Paris V offre sa collaboration :
Pr. O. Cussenot.
2) Prélèvements chez lHomme :
sang, voire tissus.
3) Phénotypage multiple, clinique
et biochimique (lipides, hormones, enzymes, autres), imagerie
4) Génotypage multiple, dans un
premier temps, gènes candidats selon connaissances et
recherches; à terme lensemble du génome.
5) Expression génique différentielle,
dans un premier temps des gènes candidats, et à
terme lensemble des gènes.
Un programme animal parallèle peut
être envisagé : il na pas été
élaboré (choix des problèmes posés,
choix des espèces animales).
Les cinq points précédents ont une
vocation générale. On peut, et probablement on
devra dans un premier temps au moins, sélectionner préférentiellement
des approches dintérêt primordial et possibles
à mettre en oeuvre rapidement. Citons :
- La recherche des gènes de prédisposition
des affections touchant le système nerveux central et
plus spécialement les fonctions cognitives supérieures.
Cest ce qui ressort dune interaction préliminaire
entre Pierre Tambourin et Philippe Jaïs parlant pour Genset
(incidemment la nomination récente dAndré
Pernet à la tête de cette société
met en position un spécialiste de ces questions).
- Une approche génétique des gènes
" protecteurs " ou impliqués
dans les horloges biologiques pourrait être très
intéressante, comme me la indiqué Pierre
Tambourin citant en appui lexistence du programme CHRONOS.
- Une recherche " pharmacogénomique "
du 3e et 4e âge destinée
à identifier la susceptibilité éventuelle
des personnes âgées aux médicaments :
il faudra décider des catégories de composés
dont létude nest pas faite dans cette perspective.
- Une recherche déjà amorcée
au Centre de Recherche sur les Pathologies Prostatiques avec
recrutement multi-centrique au sein dun réseau
INSERM et recherche génétique sur le site du Génopole
soffre à complémenter le Programme de Longévité.
La plupart de ces activités seront multicentriques
mais les données obtenues ainsi que le matériel
biologique devraient converger vers un Centre unique
responsable de 3 activités :
1) Banque de matériel biologique 2) Mise
en forme et maintien des données recueillies 3) Distribution
du matériel biologique et des données. A côté
de cette activité de service, le Centre pourra (devra)
conduire une activité de recherche propre.
Il reste à définir le choix des
acteurs publics et privés ; le mode daccès
aux données et aux matériels (problèmes
éthiques à discuter), un projet précis
pour les 3-4 premières années, en tenant compte
des projets déjà existants en France et à
létranger. Nous pouvons être en tête,
internationalement parlant, si on démarre de suite. Lobjectif
est ambitieux, et demandera un ou deux mois pour quun
programme solide soit élaboré, avec la participation
primordiale assurée de Pierre Tambourin et de Daniel
Cohen.
II) RECHERCHES BIOLOGIQUES, CLINIQUES,
PHARMACOLOGIQUES ET THERAPEUTIQUES SUR LE VIEILLISSEMENT
Sous ce titre, on peut proposer un nombre presque
illimité de travaux. Un choix simpose en fonction
des besoins sur les plans de la connaissance de base et de la
prévention du vieillissement pathologique. Limportance
et loriginalité des sujets choisis sont déterminants,
ainsi que leur faisabilité immédiate.
A) Essais prospectifs contrôlés
de prévention à long terme : 5 ans, 5
000 personnes à qui seront administrés un ou des
produits dont on teste les propriétés de prévention
pathologique. Les sociétés pharmaceutiques peuvent
ne pas accepter dêtre promoteurs, mais sont généralement
daccord pour collaborer à de telles études
qui sont chères (les exemples existent aux Etats-Unis
et en Grande-Bretagne pour le cancer du sein et lostéoporose).
Plusieurs études sont maintenant nécessaires et
peuvent être proposées immédiatement :
a) oestrogènes et prévention des troubles cognitifs
chez la femme âgée : on ne sait pas si la
méthode américaine (oestrogènes équins)
est supérieure ou inférieure à la méthode
française et européenne (oestrogènes " naturels ") ;
b) inhibiteurs calciques au long cours : effets cognitifs
et sécurité somatique ; c) DHEA de remplacement
au long cours : effets cognitifs et préventifs, sécurité
somatique ; d) pertinence des facteurs de risque cardio-vasculaire
après 80 ans : utilisation prolongée des
statines, traitement de lhypertension. De tels travaux
pourraient être européens (dautant que les
recrutements en nombre sont difficiles et coordonnés
à Bruxelles. Rien déquivalent nest
en cours malgré lurgence de réponses claires
à de grands problèmes de Santé Publique.
Au total une recherche pour établir lintérêt
véritable des médicaments au cours du vieillissement.
B) Création expérimentale
dun Centre dInvestigation Clinique
spécialisé pour la pharmacologie clinique du sujet
âgé (approx. 5 lits ; possibilités
à Charles Foix-Ivry et Montpellier). Le modèle
existe à lAP-HP. Le but fondamental : éviter
la morbidité due aux médicaments particulière
aux personnes âgées.
C) Etudes diversifiées portant
sur divers aspects de la longévité et du vieillissement :
les sujets choisis seront traités séparément,
chacun par un comité avec appel doffre, style action
concertée DGRST, avec 5 à 10 contractants pour
2-3 ans.
Les travaux pourraient porter sur quelques
uns des sujets suivant :
Vieillissement cellulaire. Télomères
(signification au cours du vieillissement, prévention
du cancer), Apoptose.
Enzymes et facteurs de transcription. Cibles possibles :
ADN, oxydation, stress cellulaire et AP1 (par exemple pour ce
dernier études originales par M. Yaniv de ligands pharmacologiques
modulateurs de protéine kinase sur la base dexpériences
avec cJun et Jun d) etc
Cancers et vieillissement. Problèmes bio-cliniques
spécifiques : hormones, diététique,
aspects occupationnels, décisions thérapeutiques
et soins (un service dOncologie gériatrique est
en cours de création à Paul Brousse).
Système nerveux. Aspects biochimiques,
biologiques, physiologiques, cliniques, et imagerie. Démences
.
Système neuro-endocrinien : hormones
sexuelles et surrénaliennes. Stress chez les personnes
âgées. Rôles des cytokines (exemple anti-IL6).
Sytème ostéo-musculaire. Intérêt
de lInstitut de Myologie.
Système cardiovasculaire, de la biochimie
cardiaque et vasculaire aux épreuves fonctionnelles les
plus performantes.
Système immunitaire : nombreux problèmes.
Organes des sens : ouïe (presbyacousie),
vision (dégénération maculaire liée
à lâge) : domaines négligés ;
a-t-on les hommes ?
Peau et Phanères : vieillissement
auquel sintéresse Galderma (lOréal),
en collaboration.
Nutrition (centre de Toulouse : Pr. Bruno
Vellas ; centre de Valence : Dr. Ferry, programme
européen de grande dénutrition).
En résumé : du nouveau,
classique et très ouvert, à grande échelle
avec un parcours "fléché vieillissement "
pour les postes et largent.
L'ensemble de ces projets a été
discuté avec Françoise Forette et Joël Ménard.
Nous avons, dautre part, été saisis de plusieurs
projets répondant en partie aux questions traitées
sous C, en particulier celui de lhôpital
Charles Foix dans la région parisienne (le plus grand
hôpital européen de gériatrie), celui de
lUniversité de Montpellier et plusieurs autres
moins structurés venant de Toulouse, Strasbourg, etc.
La recherche dans ce domaine doit aboutir à
la création dentreprises, dans les domaines
pharmaceutique, mécanique (prothèses, instruments
)
et dinformatique spécialisée (voir plus
loin).
III) " INTERNET ". NOUVELLES
TECHNOLOGIES DE LINFORMATION POUR UNE MEILLEURE PREVENTION
DES RISQUES ET LA PRISE EN CHARGE DES PATHOLOGIES LIEES AU VIEILLISSEMENT
Les nouvelles technologies de linformation
apparaissent très prometteuses en gérontologie
et en gériatrie. Elles peuvent être utilisées
par le sujet lui-même quand il est encore en forme, ou
par ses aidants en cas de perte dautonomie. Elles peuvent
révolutionner la prévention des troubles associés
au vieillissement et la prise en charge des personnes âgées.
Deux objectifs : dune part information-éducation
à destinée diversifiée, des chercheurs
et professionnels de santé (A) aux patients (potentiels
B),
et dautre part aide à la gestion dun dossier
médical (C).
A) Information-éducation :médecins
et autres professionnels de santé, chercheurs.
Informations de base et mises à jour scientifiques
et cliniques à partir des publications de toutes disciplines
et avec les experts ad hoc.
Présentation de discussion des médicaments
(collaboration payante des sociétés pharmaceutiques :
un néo-Vidal)
Modalités thérapeutiques après
les conférences de consensus
Utilité assuré : 85 % des médecins
américains communiquent via E.mail entre eux quotidiennement.
Informations recherche : de la recherche
fondamentale aux recherches pharmaceutiques, thérapeutiques
et médico-psycho-sociales.
B) Information-éducation :
" grand public ".
"Traduction" des informations
générales sur la longévité
et les maladies associées, permettant information
et éducation sur les processus généraux
du vieillissement, sur les principes et les moyens de lhygiène,
de lalimentation, des comportements, et systématiquement
sur les différents processus pathologiques (cardiovasculaires,
neurodégénératifs, ostéo-articulaires
etc
). Les principes des examens et des traitements seront
rassemblés, de façon que les sujets âgés
puissent obtenir une information personnalisée.
Adresses et caractéristiques des centres
médicaux et de dépistage ; listes des médecins
(néo-Rosenwald).
Prévention médicale :
description des facteurs de risques selon chaque individu :
algorythmes de prévention et de maintien de santé.
Lavènement des systèmes des
téléphones portables de nouvelle génération
WAP , UMTS, rendra possible laccès nomade et à
court terme à ces informations (pour décision
de santé).
Au total, lutilisation pour la prévention
des risques au vieillissement et à la prise en charge
des pathologies liées au vieillissement. Pour ces aspects
indiqués en A et B ci-dessus, un serveur de connaissances
avec un fond documentaire unique serait installé, avec
des possibilités de consultations différenciées
selon les acteurs.
C) Suivi médical : gestion de la
santé et prévention. " Carnet électronique
de Santé " (programme à compléter
avec le Secrétariat dEtat à la Santé).
Cartes personnelles de santé-Internet : utilisation
de cartes à puce (smart cards) pour les dossiers
médicaux avec les nouvelles techniques (voir Humétrix)
en assurant la "privacy" et la facilité daccès
par le patient et par le médecin sil est consulté.
Plusieurs compagnies dassurances californiennes (ordre
de grandeur : 1 million dassurés chacune)
assurent déjà ce type de service.
Utilisation interactive de la télévision
par Internet avec rappel des traitements (horaires consultations
médicales, etc).
Il ny a pas léquivalent de
cette proposition, y compris aux Etats-Unis où cependant
fleurissent déjà les créations dans le
domaine Santé. On peut citer quelques tentatives limitées
dans le domaine du vieillissement : un site " Real
Age ", le site Novartis " Health and age.com ",
celui de la Fondation Nationale de Gérontologie (Directeur
Françoise Forette) et quelques brèves informations
dans MediMedia Promedica (Havas), Healthion, Medicare.
En France, on peut constituer un Consortium initial
sous légide du Pr. Jacques Demongeot (Grenoble
et Ministère de la recherche), avec la collaboration
du Dr. Bettina Experton (Fondatrice et Présidente d"Humetrix.com"
à Del Mar (Cal), réunissant trois composants du
Réseau national de Recherches en Technologies pour la
Santé : Université Médicale Virtuelle,
Réseau Ville Hôpital, et Gestion de la Dépendance
à Domicile : les premiers éléments
seraient le laboratoire dInformatique Médicale
(EA2494, Cochin puis Bobigny, Pr. Alain Venot), le Système
Information AP-HP, le Service de Médecine Gériatrique
(Hôpital René Muret à Sevran, Pr. Joël
Belmin) et comme industriels Medcost, Kao, France Télécom
ou Prosodie (WAP), Humétrix-France. A côté
de lhôpital franco-musulman Avicenne, un local de
lUniversité du 3° Millénaire est disponible
pour installer un portail.
Un triple objectif réalisable
en 3-4 ans. Léconomie possible du système
sera détaillée au cours de la séance.
I) Les Recherches de base "GENETIQUE
ET POST-GENOME" seront les plus chères.
Voir coordination avec le programme génome-Chambon. Une
coopération et une économie mixte Public-Privé
sont envisagées.
II) RECHERCHES BIOLOGIQUES, CLINIQUES, PHARMACOLOGIQUES
ET THERAPEUTIQUES SUR LE VIEILLISSEMENT
En co-développement avec les équipes
INSERM/CNRS, et éventuellement de nouvelles (petites)
entreprises dans le domaine (chimique, mécanique). Ordre
de grandeur du coût de chaque thème : celui
des actions concertées DGRST. Voir coordination avec
" Biologie intégrative ". De
plus, envisager au moins un essai prospectif à long terme
et un Centre dInvestigation Clinique (personnel en rapport,
avec lINSERM ?).
III) " INTERNET "
NOUVELLES TECHNOLOGIES DE LINFORMATION POUR UNE MEILLEURE
PREVENTION DES RISQUES ET LA PRISE EN CHARGE DES PATHOLOGIES
LIEES AU VIEILLISSEMENT. Vers une informatique citoyenne
(sans barrière, mais avec aide médicale).
Réduction des coûts de santé (en particulier
administratifs). Le budget peut être assuré par
le Réseau National des Technologies pour la Santé,
la CNAM et peut-être la Mutualité et les Conseils
Généraux.
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