Les véritables efffets de la dhea
Découverte en 1931, l'hormone dhea (déhydroépiandrostérone)
a longtemps été négligée par les endocrinologues
qui la considéraient comme un <androgène faible>
. Ces dernières années, cependant, des études
ont montré qu'un taux bas de cette hormone peut augmenter
le risque d'apparition de maladies liées à l'âge.
Quelques essais préliminaires avaient trouvé des
résultats positifs. Il n'en a pas fallu plus pour populariser
l'idée que les personnes d'âge mûr qui prendraient
des suppléments de dhea trouveraient une seconde jeunesse.
Dès 1995, le Pr Etienne-Emile Baulieu (Inserm U 488, Le
Kremlin-Bicêtre) avait annoncé son intention de mener
une étude de supplémentation à grande échelle
(voir Sciences et Avenir n¡ 586, décembre 1995).
Autant dire que les résultats de son essai dheage, qui
a finalement débuté en 1998, étaient attendus
avec impatience. Publiés le 11 avril dans les Proceedings
of the National Academy of Sciences, ils ont le grand mérite
de clarifier la situation. Il s'agit de l'une des études
les plus imposantes sur le sujet. Pas moins de 280 volontaires,
répartis en quatre groupes, ont été inclus
: 70 femmes et 70 hommes âgés de 60 à 69 ans,
et autant dans la tranche 70-79 ans. Pendant un an, ils ont pris
quotidiennement, en double aveugle, soit 50 milligrammes de dhea,
soit un placebo. Surtout, ils ont été soumis à
un bilan trimestriel très complet. Questionnaires, prises
de sang, examens sophistiqués pour évaluer l'état
de la peau, des os, du système cardio-vasculaire..., les
participants ont été <disséqués>
sous toutes les coutures. Conclusion générale ?
<Prise à la dose de 50 mg/jour pendant un an, la dhea
normalise certains effets du vieillissement, mais ne crée
pas de super-hommes ou femmes.> Le ton est ainsi donné
: la dhea n'est pas une fontaine de jouvence. Il faut dire que
les volontaires de cette étude, en bonne forme générale,
ne sont peut-être pas représentatifs de la population
de cet âge. <Il s'agit dans l'ensemble de personnes très
dynamiques, très préoccupées du vieillissement.
Beaucoup sont intellectuellement et socialement favorisées>,
remarque le Dr Véronique Faucouneau (investigatrice à
la Fondation nationale de gérontologie). Très logiquement,
les effets de la dhea sont d'abord notés sur les hormones.
Après un pic transitoire au sixième mois de traitement,
le taux sanguin de sulfate de dhea rejoint au bout d'un an celui
d'un adulte jeune. Traduction : une supplémentation en
dhea corrige le déficit lié à l'âge,
mais l'hormone ne s'accumule pas dans l'organisme. Quant aux autres
hormones stéroïdes, leur taux augmente significativement
dans le sang, excepté, chez les hommes, celui de testostérone
qui reste constant. Côté squelette, les auteurs observent
chez les femmes, et plus particulièrement dans la tranche
d'âge 70-79 ans, une augmentation de la densité de
certains os. Aucune des femmes n'étant sous traitement
hormonal substitutif de la ménopause, ce résultat
serait donc attribuable à la dhea et l'hormone posséderait
un effet antiostéoporotique. Pourtant, selon d'autres spécialistes,
qui n'ont pas participé à l'étude, l'intensité
de cet effet reste à prouver. <Ces résultats
ne semblent pas bouleversants, mais il est vrai que la période
de traitement est courte pour apprécier une efficacité,
commente le Dr Rozenbaum (président de l'Association française
pour l'étude de la ménopause). Par ailleurs, je
constate quelques maladresses méthodologiques. Ainsi, on
sait que les oestrogènes, dont l'effet sur l'ostéoporose
est prouvé, agissent particulièrement bien au niveau
des os spongieux, comme les vertèbres. Or, dans cette étude,
aucune mesure n'a été réalisée à
ce niveau.> Un avis proche de celui du Pr Meunier (rhumatologue,
hôpital Edouard-Herriot, Lyon) qui estime <que les modalités
d'évaluation des effets osseux et l'expression des résultats
ne permettent pas de démontrer un effet antiostéoporotique
significatif>. Côté peau, les résultats
semblent moins discutables. C'est la division recherche des laboratoires
L'Oréal qui s'est chargée des examens approfondis.
<Les résultats sont très probants, tant sur la
production de sébum que sur la qualité de l'épiderme,
explique le Dr Olivier de Lacharrière, en charge des essais.
L'épiderme s'épaissit et "déjaunit",
signe d'un effet réparateur de l'hormone. Les bénéfices
sont encore plus visibles chez les personnes qui ont un taux bas
de dhea.> Conclusion, la dhea possède un effet antivieillissement
cutané, d'intensité a priori au moins comparable
à celle des traitements locaux déjà sur le
marché. <Ces résultats intéressants confirment
que la peau est bien un organe hormono-dépendant>, interprète
le Pr Jean-Paul Marty (pharmacologue, Châtenay-Malabry).
Enfin, dernier résultat positif de l'essai dheage, une
stimulation de la libido, là encore nette chez les femmes.
<Un aspect important, et qui va tout à fait dans le
sens des recherches actuelles, poursuit le Pr Marty. En effet,
avec les traitements hormonaux substitutifs, les femmes âgées
retrouvent des conditions anatomiques favorables à une
sexualité. Reste à leur en redonner l'envie. L'essai
dheage montre que cette molécule semble avoir quelques
vertus, mais qu'il reste beaucoup à faire pour situer son
réel intérêt.> Et l'immunité, la
mémoire, le vieillissement cardio-vasculaire, où
la dhea était attendue au tournant ? Les résultats
ne sont pas au rendez-vous. La dhea n'est-elle donc qu'un <androgène
faible> comme le prétendaient les anciens ? La saga
de la dhea est loin d'être terminée. Elle se poursuivra
dès le mois prochain dans le dossier complet que Sciences
et Avenir lui consacrera.
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