Entretien avec le Pr Baulieu "Un bénéfice marqué chez les femmes"
Sciences et Avenir : Quels sont les résultats les plus importants de l'étude ?
Pr Baulieu : Le premier point positif est la tolérance
à la molécule : excellente, tant sur le plan clinique
que biologique. Concernant les effets, j'ai été
agréablement surpris par les résultats sur l'os.
La dhea possède une action antiostéoporotique que
des études encore en cours vont préciser. Quant
aux effets sur la peau, nous attendions une augmentation de la
production de sébum. Bonne nouvelle là encore, il
existe des bénéfices intéressants : une amélioration
de l'hydratation de la peau et une dépigmentation avec
< déjaunissement >. Dernier point fort, l'action
sur la sexualité. Les résultats des études
menÈes à l'étranger étaient contradictoires.
Notre essai confirme des effets positifs de la dhea sur la libido.
Comme pour la peau et l'os, les bénéfices sont surtout
marqués chez les femmes, dans la tranche d'âge la
plus élevée (70-80 ans). Après six mois de
traitement, elles recommencent à penser à la sexualité
et après un an... elles passent à l'acte !
Comment les volontaires ont-ils été choisis ?
Trois options étaient possibles. La première
était d'étudier les effets de la dhea uniquement
dans une maladie donnée, la deuxième de ne sélectionner
que des individus avec un taux bas de dhea, la troisième
d'inclure des personnes âgées sans réelle
sélection. C'est celle que j'ai retenue, en cédant
à l'idée simple que tout le monde pouvait avoir
intérêt à prendre de la dhea.
La dhea va-t-elle être commercialisée
?
Il faut d'abord déterminer précisément
qui devrait en prendre, et comment. Mon sentiment est que la dhea
a probablement une place, dans le traitement de certaines pathologies
comme les dépressions (en association avec d'autres médicaments),
des troubles sexuels... Quant à savoir s'il faudrait en
consommer systématiquement à partir d'un certain
âge, je n'y vois a priori pas d'inconvénient, mais
il est encore difficile de répondre à cette question.
La deuxième partie de l'étude dheage, qui vient
de débuter, nous apportera sans doute d'autres éléments
de réponse. Par ailleurs, j'envisage des essais dans d'autres
tranches d'âge : chez des sujets très âgés,
de plus de 80 ans ; et chez des plus jeunes (50/60 ans), avec
un taux bas de dhea. Ensuite, en Europe, la commercialisation
dépendra de l'éventuel intérêt d'un
laboratoire. Contrairement à ce qui se passe aux Etats-Unis,
les autorités sanitaires françaises sont opposées
à une vente libre du produit. Je leur ai conseillé,
si un industriel manifestait son intérêt pour cette
molécule, de lui favoriser la tâche.
En attendant, conseillez-vous de se fournir aux Etats-Unis ?
De facto, je fais de la publicité à
la dhea américaine, un comble puisqu'il s'agit d'un produit
en vente libre dont la composition n'est pas contrôlée.
Je mets donc en garde l'Agence du médicament sur les risques
d'un afflux clandestin de cette molécule, et lui conseille
de faciliter la vie à ceux qui voudraient l'importer ou
la fabriquer dans de bonnes conditions.
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