• LIBERATION - Paris, France

DATE: 12/04/2000

Une nouvelle jeunesse pour l'hormone de jouvence. En France, la DHEA devrait rester sous contrôle médical.

AUTEUR: DELBECQ Denis

France médicament hormone lutte (action contre)vieillissement étude Baulieu Etienne-Emile conséquence personne âgée expérience (expérimentation)consommation Etats-Unis. L'hormone de jouvence tiendrait-elle ses promesses? Les premiers résultats d'une longue étude montrent que la DHEA améliore l'état de personnes âgées en bonne santé. La prise quotidienne pendant un an de cette hormone, la déhydroépiandrostérone, a montré des effets bénéfiques sur la peau, les os et, chez la femme, sur la libido. La DHEA est connue depuis les années 30. Le mécanisme de sa production, sous forme de sulfate, par les glandes surrénales a été mis en évidence en 1960 par le professeur Baulieu, spécialiste mondialement reconnu des hormones.

Production massive. En 1995, le chercheur constate que la production de cette hormone démarre vers l'âge de 7 ans, augmente jusqu'à 25 ans avant de diminuer progressivement avec l'âge. D'où l'idée d'une thérapeutique du bien-être chez les personnes âgées. Non pour vivre plus vieux, mais en meilleure forme. La même année, une autre étude souligne l'amélioration de la sensation de bien-être d'une trentaine de volontaires âgés de 40 à 70 ans. Il n'en fallait pas plus pour que les industriels américains se précipitent dans la promotion de cette hormone "miracle".

C'est cette consommation galopante (lire encadré) qui a motivé l'étude française publiée mardi dans les annales de l'Académie américaine des sciences. "La disponibilité aux Etats-Unis de la DHEA en dehors du circuit pharmacomédical crée un véritable problème de santé publique qui ne peut-être résolu que par des essais cliniques", écrivent les 22 signataires de l'article, Etienne-Emile Baulieu en tête. "Pour la première fois, nous disposons de résultats sur une longue durée. Avant, personne ne pouvait être sûr qu'il y ait des effets." 280 hommes et femmes en bonne santé, âgés de 60 à 79 ans, se sont vu administrer pour moitié un placebo et, pour l'autre, une dose quotidienne de 50 mg.

La DHEA a provoqué une remontée du taux sanguin de l'hormone jusqu'à un niveau "jeune", sans effets indésirables. Les chercheurs ont constaté une diminution de la dégradation osseuse ainsi qu'une amélioration de l'état de la peau, tant en matière de réhydratation que de lubrification et de couleur, par éclaircissement du teint - jaunâtre - des personnes âgées. Chez la femme, on note également une augmentation de la libido. "Cette étude devra être prolongée", annonce Etienne-Emile Baulieu. Les résultats doivent faire l'objet d'autres publications, notamment sur les effets de la DHEA sur la mémoire et la force musculaire. Surtout, l'expérience ne s'arrêtera pas là. "On ne peut pas dire aux participants que tout est terminé alors que le produit est en vente libre, sans contrôle, aux Etats-Unis", justifie le chercheur, qui réunit les volontaires jeudi après-midi à Paris. Sur les 280 personnes de l'étude, 241 ont accepté de poursuivre l'expérience pendant deux ans.

Interdiction. Qu'en est-il des fortes doses que consomment des centaines de milliers de personnes outre-Atlantique? "Faute d'études, on ne sait rien", reconnaît le Pr Baulieu. La DHEA est employée par certains sportifs qui visent la production de testostérone. Fin mars, la Fédération américaine de basket (NBA) a interdit l'usage de cette substance. "J'ai été contacté par une fédération au sujet d'un cycliste qui en prenait des doses massives, souligne Etienne-Emile Baulieu. Mais je ne crois pas qu'il y ait d'effet dopant."

Pour l'instant, l'introduction de la DHEA comme médicament sur le marché français n'est pas à l'ordre du jour. Absence d'études sérieuses et impossibilité de breveter une molécule connue depuis les années 30 ont freiné les ardeurs des industriels. Pour un industriel, financer les études préalables à l'obtention d'une autorisation reviendrait à payer pour ses concurrents. L'issue viendra peut-être desEtats-Unis. La firme Genelabs a entamé une procédure auprès des autorités sanitaires américaines pour son rôle de compensation des effets négatifs de la prise de cortisone chez les patients atteints de lupus. "C'est une approche qui semble sérieuse, se réjouit le Pr Baulieu. Et peut-être un biais qui permettra sa généralisation sous contrôle médical. La DHEA doit être administrée comme un médicament." .