28/04/2000 N° 490

ENTRETIEN

Pr Françoise Forette

La DHEA, un vrai espoir pour les femmes

«Cette hormone montre des résultats très significatifs sur les os, la peau et la libido. Il faudrait une nouvelle étude sur cinq ans et sur cinq mille personnes.»

En présentant de façon aussi médiatique les résultats de l'étude sur la DHEA, n'a-t-on pas court-circuité les médecins, privés d'information ? Les résultats de cette étude ont été publiés dans les Pnas (Proceedings of the National Academy of Sciences), accessibles sur l'Internet, le 11 avril, et nous voulions en faire une présentation, avec les volontaires, dès le 13 avril. Mais la presse, médicale ou non, a accès aux grandes publications anglo-saxones, dont les Pnas, avant même que les médecins ne les reçoivent. Le Pr Baulieu et moi avons été sollicités par les radios. Quelles évaluations ont été faites ?

L'étude a été réalisée sur des hommes et des femmes de 60 à 79 ans, tous en très bonne santé. Nous avons étudié les fonctions cognitives, la sensation de bien-être (avec des examens psychométriques) et la libido. Pour étudier le métabolisme osseux, nous avons recherché les marqueurs dans le sang pour analyser les fonctions de construction et de destruction de l'os, et nous avons mesuré la densité osseuse et la composition corporelle, en masses maigre et grasse. Nous avons mesuré les fonctions immunitaires, les fonctions musculaires (notamment sur les membres inférieurs des femmes «jeunes» de 60-69 ans), le vieillissement cutané, la fonction artérielle sur un groupe de plus de 70 ans et, bien sûr, la tolérance la DHEA. Cette étude - environ dix millions de francs - a été financée par la région Ile-de-France, les ministères de la Recherche et de la Santé, la Fondation pour la recherche médicale et de grandes entreprises.

Pouvez-vous préciser ces conclusions, plus prometteuses pour les femmes que pour les hommes ?

Quand on donne une dose quotidienne de 50 mg de DHEA à des personnes la limite supérieure du taux de leur âge, on rétablit le «taux adulte » (celui des 25 ans)». Après douze mois de prise, les taux avaient baissé mais restaient en quantité suffisante, prouvant qu'il n'y avait pas d'accumulation inappropriée. De même, les hormones sexuelles ont monté. Chez la femme, la testostérone et les oestrogènes. Chez les hommes, les oestrogènes et l'ADG, qui est le métabolite tissulaire de la testostérone. Sur l'os, nous avons observé une augmentation de la densité osseuse chez les femmes de plus de 70 ans, essentiellement au niveau du radius et, chez les femmes de moins de 70 ans, au niveau du col du fémur. Chez les premières, on a remarqué une diminution des marqueurs de destruction de l'os. Ce sont des résultats très significatifs. Chez l'homme, pas de modification du métabolisme osseux, mais ce n'est pas étonnant, car il ne connaît pas d'andropause brutale, et sa masse osseuse est supérieure. Sur la peau, les résultats sont favorables pour la production de sébum, l'augmentation de l'hydratation et une diminution de la pigmentation. Les résultats sont jubilatoires concernant la libido chez les femmes de plus de 70 ans. A six mois de prise, on observe une augmentation des possibilités d'excitation sexuelle et, à douze mois, une hausse de l'activité sexuelle, y compris la masturbation, et de la satisfaction qui en résulte. C'est important, car on se préoccupe peu de la sexualité des femmes de cet âge. Il a été difficile de mesurer les résultats chez les hommes, moins discrets dans leur auto-évaluation.

Pour la paroi artérielle (fait chez les hommes de plus de 70 ans), il n'a pas été observé d'amélioration. Les résultats sont donc significatifs sur les femmes âgées, mais il ne s'agit en aucun cas d'une hormone de jouvence qui va faire des sujets supernormaux.

Faut-il poursuivre de telles études ?

Oui, nous souhaitons entreprendre des études chez les plus de 80 ans (les fractures entraînent chez eux 30 % de mortalité un an et une institutionnalisation dans 40 % des cas) et chez des sujets plus jeunes ayant des taux bas de DHEA. Mais la grande étude à réaliser devrait porter sur la morbidité et la mortalité d'une population de 5 000 personnes, suivie pendant cinq ans, pour mesurer si la DHEA peut prévenir les maladies du vieillissement. Un tel projet est très coûteux.

Complément alimentaire, produit et vendu librement aux États-Unis, la DHEA va-t-elle être diffusée en France ?

Il y a chez nous un grand flou. A l'heure actuelle, la DHEA n'est pas en vente en France. Aux États-Unis, en 1986, la DHEA s'est vu refuser la mise sur le marché pour insuffisance de preuve d'efficacité et de sécurité. Mais, comme là-bas le dollar prévaut parfois sur ce que dit la science, la loi a été contournée et, en 1994, la DHEA est entrée dans la catégorie des suppléments alimentaires, échappant tout contrôle. En France, la pression (qui doit être disciplinée, car il est exclu de donner de la DHEA à tout le monde) va être telle que l'industrie pharmaceutique va la commercialiser. Ce n'est pas simple, car il s'agit d'une hormone naturelle et que les brevets sont difficiles protéger. En France, ce sera un médicament, prescrit comme tel, sans doute non remboursé, sauf si nous démontrons une nouveauté thérapeutique.

Nourrit-on, avec la DHEA, des espoirs quant au traitement des maladies du vieillissement, comme l'Alzheimer ?

Rien n'est prouvé actuellement. Il y a même une étude contraire aux États-Unis concernant la maladie d'Alzheimer constituée. Il semble que la DHEA pourrait prévenir ou retarder la maladie d'Alzheimer, ou ralentir son évolution. Mais il faudrait cette grande étude sur cinq ans pour le démontrer.

Nous remercions La Impact Medecin Hebdo pour nous avoir autorisé la parution de l'article ci-dessus. Vous pouvez consulter leur site à www.impact-medecin.fr

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